Histoire de l'internat : l'ancêtre des i-ecn

 

1983 : la réforme Veil – l’internat qualifiant

La loi du 6 juillet 1979 portée par Simone Veil pendant ses dernières semaines au ministère de la santé, puis la loi du 23 décembre 1982 et leurs décrets d’application, ont réformé les études médicales en profondeur en transformant le concours de l’internat qui était jusque là un concours hospitalier, en un concours universitaire qualifiant, seule porte d’accès désormais vers l’exercice des spécialités médicales.

Cette réforme avait été mise en chantier en 1977 afin d’adapter la formation des futurs médecins spécialistes au niveau européen. Elle instaure comme unique voie d’accès aux spécialités, les DES (Diplôme d’Etudes Spécialisées) puis les DESC (Diplôme d’Etudes Spécialisées Complémentaires). DES et DESC ne seront accessibles qu’aux seuls internes. L’accès au 3ème cycle de médecine générale, appelé un temps abusivement « internat en médecine générale » (de 1982 à 1987) avant d’être rebaptisé « résidanat », sera ouvert à l’hôpital sans concours à tout étudiant ayant validé son 2ème cycle. En réalité, cette réforme vient entériner un état de fait de plus en plus manifeste.

En effet, depuis la création des CHU, l’internat, même s’il a été maintenu en l’état (« par manque de courage » dira Robert Debré), a dû s'adapter au contexte du plein-temps hospitalier. De nouvelles fonctions sont apparues (celle du chef de clinique notamment) qui viennent progressivement remplir l'espace entre l'interne et le chef de service, rompant "l'intimité de collaboration" dont parlait encore Henri Mondor au début des années 1950 et qui constituait l'essence même de l'apprentissage et du compagnonnage médical des internes. S'adaptant à cette nouvelle donne, les internes ont peu à peu utilisé le mécanisme des stages dans les services comme une stratégie de spécialisation aux dépens de la formation universitaire des CES (Certificats d'Etudes spécialisées). On se retrouvait donc dans un double système de formation des spécialistes à deux vitesses totalement déséquilibré et insatisfaisant : d’un côté des internes se spécialisant avec une formation clinique de qualité mais sans obligation universitaire, et de l’autre, les CES non internes qui bénéficiaient d’une très bonne formation universitaire mais pas de formation clinique. L’internat qualifiant, réservant les spécialités aux internes, devenait donc un remède et une normalisation juridique de cette dérive observée.

La forme du concours change simultanément : l'ancien concours hospitalier des villes de faculté se transforme en un concours universitaire national organisé dans des « inter-régions » au nombre de huit puis de deux seulement (après être redevenu un temps local). Selon ses résultats et son classement, l’interne choisit alors au sein de l’inter région où il a réussi le concours, sa circonscription d’affectation et sa discipline parmi celles disponibles dont le nombre va varier au fil de diverses et nombreuses réformes (spécialités médicales, spécialités chirurgicales, recherche et santé publique au départ puis psychiatrie et biologie médicale, médecine du travail, obstétrique, pédiatrie, anesthésie, gynécologie médicale,..). L’interne doit alors faire un nombre de semestres variable selon la spécialité choisie, tout en respectant une maquette c'est-à-dire comprenant un minimum de stages dans et hors de la discipline, en CHU et en CHG. Les modalités du concours évoluent aussi procédant des conceptions nouvelles de la docimologie : questions à choix multiples, cas cliniques, dossiers cliniques préparés dans le cadre d’un strict programme national. Chaque année, les autorités sanitaires détermineront le nombre de places disponibles à offrir dans chaque discipline et pour chaque région. Cette réforme a laissé dire à certains anciens internes que « l’internat était mort ».

A Montpellier, une revue des revues a même été organisée cette année là pour marquer l’enterrement de l’internat assassiné par cette réforme.

Force est de constater, qu’il a la vie tenace puisqu’un quart de siècle plus tard, il vit encore…